Soul Warriors

Pouvez-vous nous parler du début de votre carrière, une anecdote, un déclic qui vous a poussé à vous lancer ?

Claudia Hoff : j’ai commencé à chanter très jeune mais le véritable déclic s’est produit à mon adolescence. J’habitais alors en Allemagne qui était à l’époque occupée, dans le secteur américain. J’aimais déjà la soul music et je fréquentais des clubs qui jouaient ce style.

De jeunes musiciens anglais et américains s’y produisaient et reprenaient tous les standards de la soul à la perfection. Mais en plus, les stars avaient là un public de prédilection et je pouvais voir en live les plus grands : Otis Redding, Solomon Burke, Aretha Franklin, Jimi Hendrix, James Brown, The Staple Singers, Marvin Gaye, The Temptations, Stevie Wonder, pour n’en citer que quelques uns.

Dès lors il me fut impossible de résister à l’idée de devenir une chanteuse de soul à mon tour.

JJ Rébillard : le déclic initial a certainement été la première répète avec les musiciens de mon premier groupe. C’était un samedi de février, je n’avais même pas de guitare électrique, alors on m’en a prêté une, une Welson demi-caisse dans les tons rouge orange, elle était magnifique.

La session avec lieu chez les parents de l’organiste, c’était la maison du bon dieu, avec collation gâteaux et thé pour ponctuer la répète. J’ai passé une après midi formidable, ensuite on passait une grande partie de notre temps libre à discuter du groupe et des prochains morceaux et la vie avait pris une nouvelle saveur. Du coup il m’était devenu impossible d’envisager un autre avenir que dans la musique.

Comment se passent vos répétitions et enregistrements ? (Lieu, durée, travail en équipe)

Pour les répétitions, nous jouons depuis longtemps, nous sommes très professionnels et savons qu’il est inutile de ressasser les mêmes morceaux x fois pour compenser le manque de travail personnel d’un des musiciens. On travaille donc bien en amont chacun chez soi, de façon à être fin prêts pour la répète et y travailler uniquement ce qui doit l’être, comme les parties plus improvisées qu’il faut tout de même un peu préparer ou les enchainements de titres.

De cette façon, les répétitions ne durent jamais plus de 4 heures.

Pour les enregistrements, on peut procéder de deux façons. Si le studio le permet, on peut envisager des sessions live, c’est à dire que l’on joue tous ensemble et non les uns après les autres. Mais on peut aussi travailler de cette seconde façon si les titres s’y prêtent davantage et tout dépend de l’optique que l’on a sur la production du projet en cours, si on veut qu’elle sonne plus spontanée ou plus sophistiquée.

On aime aussi travailler à l’ancienne. Par exemple, Claudia est capable d’écrire un texte en une heure, c’est la magie de l’instant et de l’urgence.

On travaille un peu les mélodies, je la laisse écrire et je reviens une ou deux heures plus tard. Là, si la forme est au rendez-vous, on fait quelques prises, des fois une ou deux plus les overdubs. Ca peut aller très vite et cela permet d’avoir le maximum de spontanéité.

Faites-vous du live ? Comment cela se passe-t-il ? Avez-vous un agent ou contrat de tourneur/booking

Pour le moment, nous n’avons fait que quelques concerts assez privés si l’on peut dire, même si les évènements pouvaient accueillir plusieurs dizaines de personnes voire davantage. Nous envisageons dans un premier temps de faire un certain nombre de showcases pour le Cultura Music Tour, organisé par l’enseigne bien connue de produits culturels en juin 2018 et qui va également distribuer nos albums.

Nous avons aussi des projets pour des concerts et festivals en Allemagne et en Autriche cette année. Nous n’avons pas d’agent car pour le moment, on gère de par nos connaissances et nos relations. Mais cela va s’avérer rapidement indispensable. Mieux vaut cependant avoir une popularité un peu établie pour faire le bon choix.

Quelle est votre prochaine actualité ? Des choses à venir ?

Oui, le clip du single Dance va sortir le 30 mars, en même temps que la sortie numérique de l’album sur toutes les plateformes ((Spotify, Deezer, Amazon, I Tunes…).

Ce clip est très dynamique, largement axé autour de la dance, moyen d’expression universel de tout un chacun, sans distinction aucune, en fait l’exact message du clip.

Avec Internet, les talents ont aujourd’hui une grande liberté pour faire découvrir leurs oeuvres au public, quels sont les moyens / outils que vous conseillez ?

Tout évolue aujourd’hui avec une telle vitesse qu’il est de plus en plus difficile de s’y retrouver et nous voyons parfois des artistes jeunes ou d’âge moyen qui sont très désemparés même s’ils ont grandi avec ces nouveaux moyens de communication.

A la base, le meilleur truc est d’avoir un solide réseau de fans qui va démultiplier votre communication. Un bon exemple sur ce plan est celui des artistes hip hop dont les clips arrivent à des nombres considérables de vues sans être ultra médiatisés par les moyens traditionnels. Sans cette base de fans, c’est plus difficile, You Tube, Facebook ou Instagram sont de plus en plus sélectifs du fait du grand nombre de vidéos, de photos ou d’infos disponibles, sans parler des changements d’algorithme qui n’aident personne évidemment. A titre indicatif, une vidéo sans prétention qui sortait sur You Tube en 2011 pouvait faire 50000 vues sans trop d’effort.

La même en 2013 ne recueillait plus que 25000 vues, puis 5000 en 2015 et lorsque l’on arrive à 500 aujourd’hui, ça n’est pas si mal. Il faut avoir le truc, le réseau, la panoplie promo qui va permettre de faire le buzz. Mais attention, il faut de l’originalité, la bonne idée, si possible la qualité et surtout le truc qui distingue du reste. Enfin, les systèmes sponsorisés, entendons par là la pub, sont également de plus en plus chers pour obtenir le même résultat qu’il y a 3 ans. Sur facebook, par exemple, on pouvait alors booster une publication pour 30€ et obtenir un résultat x.

Pour le même résultat aujourd’hui, il faut investir le triple. Pour conclure, il faut allier le tout : avoir des publications pertinentes et originales avec des éléments distinctifs, un bon réseau de fans et ne pas hésiter à mettre un peu la main au porte monnaie pour aider le tout.

Le téléchargement illégal, quel est votre avis sur le sujet ?

Cela reste un problème, même s’il n’est plus le même qu’il y a quelques années, car à l’arrivée, on peut avoir un forfait deezer gratuit avec son forfait téléphonique et écouter autant de musique que l’on veut sans débourser un centime.

Evidemment, et l’augmentation des ventes numériques est là pour le confirmer, celui qui veut vraiment acquérir un titre comme on le faisait autrefois avec un single physique va acheter sur les plateformes, mais ceci concerne surtout les stars et les talents reconnus. Les autres ne récolteront que des miettes et il n’est pas normal que les opérateurs permettent des accès gratuits sans rétribuer correctement les artistes et les auteurs-compositeurs ou arrangeurs. Si vous n’êtes pas distribué par une major, cela ne va pas être facile. Je pense que les problèmes sont surtout ceux que je viens de mentionner, quelque part le téléchargement illégal n’est plus le vrai problème mais le problème d’une époque révolue.

J’en sais quelque chose, je suis aussi éditeur de programmes pédagogiques pour apprendre à jouer de tous les instruments et les torrents ne sont plus si nombreux qu’à une époque pour ce qui est de la musique au moins.

Franchement, risquer de télécharger même avec un VPN alors qu’on peut tout avoir pour rien sur deezer, faudrait pas être malin. Au final, le vrai problème est qu’avec la numérisation et la gratuité, on a totalement dévalorisé la musique, les musiciens et plus généralement les artistes.