Mama 2014 : La créativité, moteur de la croissance des festivals

Ou comment compenser les subventions par une identité forte ? Review du Mama 2014.

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Conférence du 15/10 : Les modèles économiques des festivals: y a-t-il une vie au-delà des subventions ?

Panel composé de :
Emmanuel Legrand – Marie Jose Justamond – Christof Huber Michal Kascak
Ivan Milivojev – Daniel Gélinas – Armel Campagna

Avec la baisse des ventes de musique enregistrée, le live est dorénavant un des aspects les plus importants en terme de revenus pour les artistes. Voilà pourquoi les festivals sont pris très au sérieux, et sont pour certains des lieux de passages obligatoires de la tournée d’artistes.

Mais avec la crise que traverse la zone euro, les subventions de la part des collectivités ou des états paraissent de plus en plus compliquées à obtenir. De plus, les subventions créent une forte dépendance des festivals dans leur budget et la plupart d’entre eux sont menacés de s’éteindre s’ils perdent ces aides. Avec l’augmentation des coûts artistiques (cachets, mise en scène, etc.) et de ceux dus à la sécurité et la législation, notamment sanitaire, on peut donc se demander comment les festivals sans subvention peuvent s’en sortir.

En moyenne, les festivals européens sont subventionnés à hauteur de 45% de leur budget ( 273000€ de budget moyen en UE ), dont 95% provient des localités, espérant gagner en visibilité. A la vue de ces chiffres, on peut donc s’interroger sur la pérennité de ces festivals de taille moyenne voire petite face à la crise que traverse la zone UE. Car seulement 10% des festivals en Europe rassemblent plus de 80 000 festivaliers, et possèdent donc une billetterie assez confortable pour asseoir leur budget. On constate également que la compétition sur les prix est très rude en Europe car c’est un marché segmenté par pays, et donc par pouvoir d’achat. Cela entraîne une nécessité pour les petits festivals d’être subventionnés afin de proposer des prix attractifs. Pour Armel Campagna, le prix par jour d’un festival en France ne doit pas excéder 50€. Or, l’ordre établit par les « gros » festivals complique la tâche des plus petits, n’ayant pas le pouvoir de négociation des « place to be » pour les artistes. En effet, des festivals comme le Glastonbury ont la possibilité de faire baisser le cachet des artistes grâce à la manne d’audience qu’ils représentent et l’expérience partagée par le public et les artistes. Christof Huber, patron du Open Air Festival en Suisse, décrit justement qu’il est impossible de faire comprendre au public que l’on augmente les prix des tickets tout en ayant une programmation moins fournie en tête d’affiche.

Comment faire donc pour proposer un festival avec à la fois une programmation attirante et des prix alignés sur les autres ? Plusieurs réponses s’offrent aux festivals ne voulant, ou ne pouvant pas, être subventionnés. La conférence à laquelle nous avons assisté a permis de faire s’opposer plusieurs types de festivals, du très grand, à celui de taille moyenne. Des festivals bien différents, tant par leur audience, que par leur budget et leurs sources de revenus.

L’élément le plus important apparaît clairement être, et ce pour tous les intervenants, de construire la marque associée au nom du festival. La confiance inspirée par les festivals doit être maintenue à tout prix, grâce à une expérience unique, qui peut leur permettre de compenser la difficulté croissante de booker les têtes d’affichent. Michal Kascak à déclaré que nous sommes entrés dans le même système que le mercato dans le foot en matière de booking ; les agents ont le dernier mot. C’est donc d’après lui en créant un événement spécial que les « headliners » importent moins. Il faut donc faire preuve de loyauté vis-à-vis des premiers festivaliers, audience ramenant le plus de monde, afin de gagner leur confiance et les fidéliser.

 

Interview d’Armel Campagna, directeur de Live Nation France Festival :

Pensez vous que le sponsorship soit le moyen principal pour les festivals de compenser les subventions ?

Beaucoup de choses peuvent être faites avec les marques, il ne faut pas les bouder. C’est effectivement une source de revenu qui est grandissante, et pour les festivals non subventionnés comme le main square c’est important. Il faut simplement le faire en bonne intelligence et comme je le disais, il faut les contrôler. Les marques ne peuvent pas prendre le contrôle de ton événement, tu dois respecter, tu dois défendre l’ADN de ton festival. Si tu as une offre axée famille, comme au main square par exemple, il faut que ce que tu veux faire transpirer de ton festival vienne de toi. Si tu fais rentrer des marques, elles doivent s’adosser à ce que tu fais, t’épauler. C’est toi qui contrôle ce qui transparait de ton festival.

Que pensez vous par exemple de la scène dédiée Redbull au Dour festival ? Avec son totem central et la scène nommée « Redbull », cela ne fait pas trop ?

Non car tout d’abord Dour promet à ses festivaliers très axés musique indie, une véritable expérience sur site et sur le camping. Sa fan base est tellement importante et fidèle qu’elle viendra même si la qualité de la prog’ est en baisse. Ensuite, la scène Redbull est de toute façon contrôlée par le programmateur du festival et si le son est cool, c’est pas grave qu’elle soit nommée Redbull ! C’est aussi une marque qui est bien dans la cible, jeune, plutôt propre, active.

 

En outre, des techniques atypiques existent, comme les festivals « jumeaux ». Le principe étant de profiter du lieu, de la logistique, des infrastructures et de la programmation du festival s’étant déroulé peu de temps avant pour en créer un nouveau. Les revenus peuvent également augmenter grâce à des tickets VIP, offrant des services supplémentaires, mais cela crée un fossé entre les festivaliers, et fait diminuer au global l’expérience du festival. Les boissons et la nourriture également ont une importance certaine dans un festival, représentant parfois 20% du budget total.

En résumé, il est primordial de posséder un ADN propre à son festival, et proposer à la fois des services satisfaisants et une programmation répondant aux attentes du public. La billetterie également doit permettre de tenir une bonne partie de son budget et être en accord avec la cible visée. Le sponsorship, la nourriture et les boissons ainsi que les services supplémentaires peuvent aider à équilibrer les comptes et ainsi remplacer les subventions.

Article écrit par Pierre Bellefleur, Benjamin Bourel, Sandra Charpiot, Aymeric Constantin, Elton Pereira