Bruno Maman fait l’amour en couleurs et musique


Sous un Ciel gris, en pleine jingle, un amoureux trop lâche… jeu de mot de la rédaction d’UpForMusic pour vous présenter Bruno Maman, jeu de mot écrit suite à l’écoute des quatre titres en écoute sur son Myspace. Un artiste simple, sincère et imaginatif à découvrir dès maintenant.
Bruno Maman, révélé en 1993 dans l’aventure Fnac Music, est maintenant suffisamment en phase avec lui-même pour qu’on s’aperçoive ce qu’on aurait raté si l’histoire s’était arrêtée avec l’album « Par les temps qui courent ». Cette promesse qu’il nous tient depuis son troisième disque (« Bruno Maman », 2005), après l’album parenthèse « Aujourd’hui » suivi d’une longue échappée londonienne, est celle d’un musicien qui se situe désormais plus dans une problématique de sens que de son. Un compositeur qui a fait la paix avec la technologie pour n’exister que dans le débat de son récit. Un chanteur qui s’accepte comme tel, avec son histoire, sa mémoire, ses héritages hybrides.

Alain Goraguer, l’arrangeur de Boris Vian et de Serge Gainsbourg, qui collabore avec le chanteur depuis l’album « Bruno Maman », lui donna un conseil: une chanson doit exister avec rien, un piano ou une guitare. Les ornementations, les arrangements qui explicitent les sentiments, il est toujours temps de s’y pencher une fois qu’on s’est concentré sur l’essentiel : savoir de quoi on parle. Depuis, Bruno Maman travaille au plus simple, sur une guitare ou un piano de providence. Ou, sans instruments, dans le bus, captant l’inspiration d’une mélodie qui plie sous les mots.

Bruno Maman est né en 1965 à Metz d’une famille de juifs algériens ayant quitté Constantine à la fin de la guerre d’Algérie. À Metz, il y avait un vieux piano et des mix-tapes que le père faisait pour les trajets en voiture : des cassettes enchaînant Oum Kalsoum et Charles Aznavour, Farid El Atrach et Christophe. « Avec le recul, je réalise que la musique n’était pas un divertissement pour mes parents. On sentait que ça œuvrait quelque part, toujours lié à leur histoire. Même Aznavour, ça exultait quelque chose. » Bruno Maman, qui a appris trois accords de guitare grâce à un copain d’une de ses deux grandes sœurs (ré-sol-mi, probablement), est devenu entre-temps un fondu de jazz. Dans un caf-conc’ de Thionville, il tombe en arrêt devant Bernard Lubat ou Hermeto Pascoal, ce multi-instrumentiste aux cheveux et à la barbe de magicien qui impressionna tant Miles Davis durant sa période électrique. Les dissonances de Keith Jarrett ou Thelonious Monk lui parlent alors plus que les élans rock de Led Zeppelin. C’est un esprit aussi que le chanteur a voulu retrouver dans l’enregistrement de son nouvel album.

Après avoir délaissé les instruments parce qu’il « ne se sentait pas si musicien », Bruno Maman a accepté d’y revenir en live, avec une liberté sinon d’improvisation du moins d’interprétation. C’est Alain Goraguer, encore, qui le lui a conseillé après avoir vu son spectacle au Lavoir Moderne parisien autour de l’album « Bruno Maman ». « Il m’a dit qu’il serait peut-être bien de repartir de ma pulse, proposer mes chansons comme je le fais en concert avec ma guitare. » Alors qu’il s’était contenté de chanter sur « Bruno Maman », il s’est donc remis à ses instruments (guitares acoustiques et électriques, basse, claviers). Durant quinze jours au studio Ferber, il a proposé à quatre musiciens, Patrick Goraguer, son alter ego de toujours (batterie, piano), Mino Cinelu, le célèbre percussionniste de Sting et Miles Davis (percussions, batterie), Mehdi Bennani, pianiste et joueur de gambri (cette drôle de basse gnawa), et Morgan Marchand (claviers), d’enregistrer un album de « jazz ». C’est-à-dire ? « On joue ensemble, et si c’est la bonne prise, si les émotions sont là, on garde. »

Avec Morgane Marchand et Romaric Normand, l’accompagnant à la réalisation, Bruno Maman est ensuite allé coucher ses dernières voix au Studio Belleville. Seize chansons ont été enregistrées. Quatorze demeurent, enregistrées et mixées par Pascal Colomb (Ferber), Romaric Normand (Belleville) et Dominique Blanc-Francard. Certaines avaient déjà été présentées au Lavoir moderne parisien. Sous la scénographie de Gilles Porte, le réalisateur du primé « Quand la mer monte » ayant rejoint la bande de Bruno Maman, c’étaient « Faire l’amour » (avec la voix de Noémie), « L’espoir interdit » et « Place de Wazemmes » qu’on découvrait. « Place de Wazemmes », dont la musique n’est pas de Bruno Maman, est le hasard fait destin. En 2005, Bruno Maman, fan de pétanque, se rend à Lille à la Waz Pétanque Cup, dans le quartier ouvrier et pluricommunautaire de Wazemmes. Là, d’un Bag Ad sort une mélodie qui se retrouve enregistrée sur la caméra DV de Bruno. Le texte coule (« On s’est aimé place de Wazemmes / Et c’est pas tous les jours mon amour qu’on s’aime »). Bruno Maman retrouve l’auteur de la mélodie et l’invite au Bataclan (à l’accordéon).
Depuis, Bruno Maman a toujours un carnet sur lui. Il lui arrive aussi de composer en studio. Par exemple, « Léa ». La version que l’on entend sur l’album est la première prise d’une chanson qui fait écho à « Dans tes yeux », le single illustré par Gilles Porte sur son précédent album. « ‘Léa’, c’est l’histoire d’une jeune fille entre deux mondes, entre deux guerres. À travers elle, je parle de mon fils. Dans les familles recomposées où tout est toujours à faire, ce sont finalement les enfants qui aident les parents à être plus ouverts, plus tolérants, à réconcilier les mondes séparés. »

Le nouveau disque de Bruno Maman parle donc de mondes réconciliés, de retrouvailles, avec soi, autrui, avec une clarté du geste qui ne craint pas les sentiments au dehors. Et qui l’amène à écrire, par exemple, « Chanson lévinasienne », une chanson d’amour inspirée d’un texte du philosophe. « Dans ses lectures talmudiques, Lévinas explique que l’apparition du visage de l’autre est un commandement contre la barbarie. Il revient par cette idée de l’apparition du visage au commandement tu ne tueras point, avec une simplicité, une humanité, qui m’ont bouleversé. » La simplicité est ce qu’il y a de plus dur à exprimer. De chansons en chansons, Bruno Maman s’y attelle.

Son Myspace
www.myspace.com/brunomaman


     

3 Responses pour “Bruno Maman fait l’amour en couleurs et musique”

  1. kris says:

    Enfin un album qui lui ressemble un peu.

    Je retrouve là Bruno que j’allais voir dans la salle des fêtes de Thionville.
    J’étais toujours dans les premiers rangs, mes yeux n’arrivaient pas à le quitter.

    Il était déjà obsédé par la musique. J’avais compris le jour ou je me suis retrouvé dans la maison de ses parents, je me souviens de son piano, sa guitare et sa platine b&o. Je me souviens d’un moment où il s’était absenté quelque instant pour répondre au téléphone, il riait fort, je l’attendais dans sa chambre c’était un moment magique de me retrouver là. Il ignorait tout de moi, malgré parfois ses regards interrogés. J’avais compris ce jour que nous avions lui et moi un point commun. Une vérité sur sa nature qu’il refusait de lire en lui (…)

    Je ne connais pas sa vie aujourd’hui, mais il est resté dans un petit coin de ma mémoire.

    Il était encore jeune, il était encore très beau, il me donnait des ailes
    Il ne l’a jamais su, j’étais amoureux .

    Ch.

  2. AsHeMi says:

    Quoi de plus beau en musique que l’authentique. En voilà un bel exemple…

    JH

  3. Nice site really!

Ajoutez votre commentaire