Bahla

Pouvez-vous nous parler du début de votre carrière, une anecdote, un déclic qui vous a poussé à vous lancer ?

Nicolas : J’étais enfant, mon père manageait un groupe (Step Ahead) qui enregistrait au Studio Miraval à Brignole. Lorsque je suis entré dans ce studio pour la première fois j’ai été émerveillé, par la grande console SSL, les sons, les musiciens. Les Floyds venaient d’y terminer l’enregistrement de « The Wall ». J’ai pratiquement toujours fait de la musique par la suite mais j’ai décidé de me « lancer » assez tard, vers l’âge de 27 ans quand j’ai signé un premier contrat chez AZ. Je n’ai jamais envoyé de maquettes aux maisons de disques ; c’est un ami qui a pris une de mes démos et qui a démarché volontairement pour moi. Puis j’ai publié des chansons, fais des tournées. Mes envies et la manière dont je voulais faire de la musique ont changé avec le temps. BAHLA est un moyen de proposer autre chose. L’occasion d’exprimer les idées du moment et de les partager.

Zoé : J’avais 12 ans. Avec des copines on a décidé de monter un groupe de filles, elles m’ont attribué la batterie, j’ai adoré ça et je n’ai jamais arrêté de travailler cet instrument depuis.

Yves : Gamin je passais tout mon temps à dessiner, je m’imaginais peintre. Vers 18 ans en prépa pour les écoles d’Arts, je n’allais plus en cours, sauf en nu…, je passais mes journées à travailler ma basse, à composer ou à répéter, je me suis rendu à l’évidence, je voulais être musicien.

Comment se passent vos répétitions et enregistrements ? (Lieu, durée, travail en équipe)

Nicolas : La réalisation du premier album a été confiée à Philippe Paradis. Lorsque je lui ai amené les pré-prods de BAHLA, il m’a dit qu’il fallait absolument les produire, que ces chansons méritaient d’exister, nous avons travaillé en studio avec lui pendant un gros mois ; Philippe a parfaitement compris l’univers que nous souhaitions dessiner, il nous a apporté cette couche de vernis indispensable, et ce fut une belle aventure humaine.

Yves : Une fois l’album terminé, au début on a répété de manière assidue pour préparer un set de qualité. Puis nous avons donné quelques concerts à Paris. Bien que le premier album ne soit pas encore sorti, nous travaillons actuellement sur la suite en studio chez nous.

Nicolas : Je travaille sur les chansons en elles-mêmes, l’harmonie, la mélodie, le texte, et je commence à définir leur structure et les arrangements. Yves travaille sur les compositions aussi, les sons et les arrangements. Il apporte beaucoup de sa culture musicale et a un goût certain pour habiller un titre. Il peut arriver aussi qu’il m’envoie quelques mesures d’arrangements avant même que la chanson soit définie, une ligne de basse, un gimmick de synthé, et ça suffit pour orienter un titre autour de cette idée. Pareil pour Zoé, le fait qu’elle soit batteuse et multi-instrumentiste lui permet de nous envoyer des super idées, un drum&bass et un arpégiateur nous emmènent parfois vers l’accomplissement d’un morceau.

Faites-vous du live ? Comment cela se passe-t-il ? Avez-vous un agent ou contrat de tourneur/booking

Nicolas : Pas assez, nous avons donné plusieurs concerts à Paris l’année dernière et en début d’année. Depuis cet été c’est plus compliqué, mais on compte bien s’y remettre à partir de Janvier. On profite de cette période pour travailler sur des nouveaux titres. On sera en show case au Réservoir à Paris le 8 février aussi. L’indépendance a ses avantages mais aussi son lot d’inconvénients, nous n’avons pas de manager. Nous recherchons d’ailleurs un agent et un tourneur, une personne qui serait sensible à notre musique, qui pourrait nous placer sur des concerts, et qui nous soutiendrait dans nos démarches.

Quelle est votre prochaine actualité ? Des choses à venir ?

Yves : Nous ferons une résidence en Janvier pour peaufiner notre set, répéter des nouveaux titres et préparer le Show Case de février. Nous profiterons de ce Show Case pour sortir un premier EP (ou album, on verra).

Nicolas : Notre deuxième single « Tout Recommencera » sortira bientôt, le 28 novembre ; avec un instrumental inédit « Warens », (une sorte de face B).

Avec Internet, les talents ont aujourd’hui une grande liberté pour faire découvrir leurs œuvres au public, quels sont les moyens / outils que vous conseillez ?

Nicolas : Les réseaux sociaux avant tout, ils sont le premier canal de promotion sur internet. Après, c’est un conseil que l’on n’applique pas assez à BAHLA… J’utilise les réseaux sociaux de manière assez discrète et j’ai du mal à faire autrement. C’est complètement paradoxal ; alors qu’aujourd’hui il est indispensable de se constituer une fanbase, excès de pudeur, et du mal à cautionner le système…

Yves : Au début aussi les réseaux sociaux avaient un caractère assez « démocratique ». Aujourd’hui, pour pouvoir atteindre le maximum d’audience, il faut financer ses publications. Du coup, plus vous investissez en publicité, en community management, plus votre audience sera importante. Le net n’est déjà plus un réseau équitable, il est dirigé par Google, Facebook, Apple, Twitter, etc… Mais si vous souhaitez vous développez, allez-y foncez !

Nicolas : Ce qui est possible et qui ne l’était pas hier, c’est de pouvoir produire de la musique de qualité à moindre coût et de la diffuser très facilement. Et vous ne serez peut-être pas à l’abris d’un buzz.

Le téléchargement illégal, quel est votre avis sur le sujet ?

Yves : Pour moi le « problème » est la « dématérialisation de la musique » qui a complètement changé la façon de vivre ou d’écouter la musique. Là où on prenait du temps, ou écouter était une action, aujourd’hui on regarde plus les morceaux, (comme sur youtube) qu’on ne les écoutes. Les artistes ne sont plus dans une démarche d’albums mais une suite de « hits ». Il n’y a plus d‘objet qu’on peut regarder, toucher, sentir et protéger, mais un fichier reproductible à l’infini.

Nicolas : Le phénomène était inéluctable. Michel Serre dit, au sujet du numérique, « ce n’est pas une crise, c’est une révolution” ; Il fallait prendre conscience du progrès en amont, aménager des solutions adaptées. Je pense que nous nous sommes battus contre les mauvaises personnes, les consommateurs. Mais les patrons de labels et les créateurs ont fait ce qu’ils ont pu… Il y eu de nombreux licenciements dans les majors, des indépendants ont disparus, et des artistes qui ont vu leurs revenus nettement baisser. Les gros maigrissent et les petits crèvent. Les lobbies ont tenu la distance, à coup de subventions accordées aux plus aisés au détriment des modestes, grâce au back catalogue, et à force de plans sociaux aussi.
Mais le sujet du piratage n’est plus trop d’actualité. Aujourd’hui le streaming est en train de se généraliser. A l’avènement de Napster il y a quelques années déjà, je voyais des gens accumuler des fichiers MP3 piratés de piètre qualité sur des disques durs. Aujourd’hui, de plus en plus de gens n’ont plus besoin ni envie de se lancer dans cette course effrénée au stockage ; ils préfèrent emporter sur leurs smartphone leur sélection du moment (même si certains conservent le désir de posséder leur bibliothèque, ou leurs disques…).

Yves : Le nouveau « problème » c’est qu’avec le Streaming les auteurs et interprètes retirent de moins en moins de revenus de leurs œuvres, car les plateformes (Deezer, Spotify, Youtube, etc…), qui deviennent les principaux vecteurs de consommation, ne redistribuent pas suffisamment de parts de recettes aux auteurs.

Nicolas : Nous du coup, on pose l’absence de revenus comme un postulat à la musique, on ne tient la distance que par passion. Il y aura toujours des créateurs, et en cas de succès, toujours des carrières. Avec un peu de maîtrise, du gout et des idées, on peut enregistrer un album chez soi. De nombreux artistes sont voués à devenir ou redevenir « slashers » (des personnes qui jonglent entre deux ou trois métiers), c’est notre cas ; l’expression est récente mais ce phénomène n’est pas nouveau. Certains artistes ne pourront plus embrasser de carrière pérenne comme cela aurait pu être possible par le passé… La musique n’est plus grevée d’une démarche mercantile. C’est salvateur et libérateur même, en tout cas en ce qui nous concerne, l’envie de composer et de partager n’a jamais été aussi forte.